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Mohamed Elkebir, réalisateur et promoteur du label »Sahara Niger »


Cinéma/ Mohamed Elkebir, réalisateur et promoteur
du label »Sahara Niger » : « La culture doit être un vecteur
d’enseignement, d’éducation notamment historique »
Le Sahel

ElkebiMohamed
Elkebir est un jeune réalisateur nigérien et promoteur du label Sahara
Niger. Après ses études secondaires au Niger, il a continué ses études
au Burkina Faso, au Ghana puis en Côte d’Ivoire où il a reçu plusieurs
formations. Il est aussi un acteur de la société civile, membre de
l’association « Jeunesse active du Niger ».
Dès son retour au pays,
il s’est inscrit à l’UAM où il décrocha un diplôme puis travailla dans
une compagnie de téléphonie mobile de la place. Quelques années plus
tard, sa passion l’a emporté au point de démissionner de son travail
pour s’engager dans son domaine professionnel. « J’ai embrassé le cinéma
par passion. Notre objectif, c’est de faire en sorte que le cinéma
nigérien puisse rayonner dans le concert des nations», déclare M.
Mohamad Elkebir du groupe Sahara Niger. Au delà de la production, il
s’est lancé dans un projet entreprise qui vise à initier des jeunes aux
techniques de production, de réalisation … des films en organisant des
séances de formation avec des écoles professionnelles.
Après la
série » Origine du mal », qui comporte
9 épisodes, « L’extase du mal »
est son tout dernier film. Mais, il avait aussi réalisé trois films
documentaires, notamment « le sang de la vie» qui incite la population à
donner du sang pour sauver des vies et « la logistique, source de
valeur ajoutée. Et il y a aussi des films de fiction dont la série
»NIAMEYZE » composés aussi de 9 épisodes sortis tout récemment dont la
projection a eu lieu au CCFN. Avant cela, il a réalisé un autre film
qu’il a présenté à un festival en Côte d’Ivoire intitulé : »
laffouci ». Il a en projet une nouvelle série : » Kabba » en Hausa de 9
épisodes.
Mais, pourquoi « l’extase du mal »? Pour le jeune
réalisateur, c’est un devoir pour lui de s’investir sans relâche dans la
production nigérienne. La raison est que « j’étais au Burkina en 2001 à
l’occasion de FESPACO quand on a décerné le prix Oumarou Ganda et il y a
un burkinabé qui m’a dit : »Toi le Nigérien, parle nous d’Oumarou
Ganda ». J’étais obligé de m’éclipser de la salle parce que tout ce que
je connais d’Oumarou Ganda, c’est le CCOG. Je ne connaissais pas
l’histoire cinématographique de ce dernier. Il m’a fallu après faire des
recherches : je compris que Oumarou Ganda a été le premier lauréat du
FESPACO déjà en 1972 avec son film »Wazzu polygame » ; or, depuis 1972,
le Niger n’a plus remporté le grand prix du FESPACO. Et donc par la
suite, comme j’étais au Burkina où j’étudiais, je travaillais en même
temps avec de grands réalisateurs comme celui de la série »le
commissariat de Tampi ». J’ai eu une prise de bec avec des Burkinabés
qui ont jeté l’anathème sur mon pays ; par patriotisme, j’ai décidé de
revenir chez moi au Niger pour me mettre au service du cinéma nigérien».

«
Depuis pratiquement 2007, affirme Elkebir, nous sommes en train de nous
battre pour que ça puisse rayonner ; malheureusement, l’accompagnement
qui devrait suivre ne suit pas. Le cinéma, selon lui, est un métier
coûteux ; c’est un métier dans lequel, si vous investissez plus, vous
gagnez à coup sûr. Dans certains pays, on injecte des milliards comme
fonds d’aide pour la production cinématographique. L’enjeu c’est de
produire des films dans des normes techniques internationales. Si
aujourd’hui l’Etat met à la disposition des réalisateurs un bon budget,
naturellement ils vont produire des bons films, des films qui peuvent
être diffusés partout dans le monde. Si l’Etat accompagne les acteurs
culturels ils ne vont pas courir de tort à travers pour chercher des
financements auprès des partenaires étrangers qui souvent nous imposent
des choses qui vont en contradiction avec nos réalités culturelles.
Quand vous regardez dans la sous région, ils produisent des films dont
la qualité artistique n’égale pas les films nigériens», a-t-il ajouté.
Mohamed
Elkebir déplore que «la qualité technique et l’accompagnement financier
qui devrait, suivre on en parle pas. Quand vous regardez un film sur
les télévisions étrangères, vous allez voir que l’histoire ou le message
qui y est raconté n’est pas si extraordinaire que ce que nous faisons
ici, parce que le Nigérien, sa vie même, c’est un film. Mais
malheureusement, il n’y a pas de moyen financier ou technique pour
pouvoir accompagner ». « Pourquoi aujourd’hui, nous les Nigériens, nous
n’allons pas créer les conditions de produire des films dans le sens de
faire en sorte que nous puissions faire le doublage, pour pousser tout
les milieux linguistiques nigériens à consommer les films nigériens.
C’est mon combat! », assure-t-il.

Tout artiste rend service à nos
populations à travers les œuvres culturelles qu’il produit. Prenons
l’exemple du film »laffouci » : à travers la culture, il a sensibilisé
les femmes sur les dangers, les méfaits de cela et de même dans »
l’extase du mal », on parle de l’histoire d’Amadou Kourandaga et bien
d’autres grands héros et combattants nigériens qui ont marqué l’histoire
du temps. C’est bon qu’un acteur culturel revalorise nos histoires à
travers ses œuvres. Et un de ses combats est de faire en sorte qu’on
mette le Niger dans ses droits. Dans »L’extase du mal », il a dénoncé
les injustices et il précise que « les décideurs politiques doivent nous
considérer comme des collaborateurs, des porte-parole qui peuvent avoir
des messages qui peuvent porter haut pour un changement positif».
Mohamed
Elkebir assure que les productions nigériennes ont de l’avenir devant
elles à condition que nous travaillions : « il ne faut pas viser de
l’argent du coup. Pour que les productions nigériennes puissent avoir de
l’avenir, il faut que nous soyons solidaires entre nous, pour pouvoir
mobiliser la population à consommer nigérien. Quand nous allons
commencer cette synergie, nous allons produire plus. Tant qu’il n’y a
pas d’offre, il ne peut pas y avoir suffisamment de demande ; nous
devrons nous professionnaliser et nous mettre au travail. Quand nous
allons réussir à produire beaucoup, nous allons partir vers le public
pour qu’ils puissent regarder nos productions. Nous n’avons pas de CD.
Les gens demandent : où sont vos CD ? Nous n’en avons pas. Pour
dupliquer un CD, il te faut 1000 ou 1500FCFA et comment tu vas le
revendre ? Tu ne t’en sortiras pas. A peine tu vas avoir 100 ou 200F de
bénéfice. Quand nous allons avoir des maisons de duplication, nous
allons reproduire davantage et casser le prix pour permettre au public
de consommer nos œuvres. Il faut que nous partions pour conquérir le
marché avec le cinéma nigérien ».
Mais, d’ici décembre, son projet de
faire des CDs sera réalisé et il est en train de préparer une sortie
pour mener une vaste campagne à l’intérieur du pays notamment à Agadez,
Zinder et Tillabéri pour pouvoir programmer des séances de projections
dans ces localités.
I. Abdoul Aziz (2017), Le Sahel

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