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Portrait du cinéaste Abdoul Moumouni Bakabé


Abdoul Moumouni Bakabé, cinéaste, réalisateur de
films court et long métrages : Le jeune Bakabé sur les traces de son
père

BakabIl
s’appelle Abdoul Moumouni M. Bakabé. Son premier contact avec le cinéma
remonte à l’année 1994. Il avait 6 ans lorsqu’il a joué un rôle dans
une publicité pour la Société nigérienne des Eaux. Il a étudié
l’audiovisuel en 2005, à l’Institut de Formation aux Techniques de
l’Information et de la Communication (IFTIC) de Niamey. Il était fasciné
par le montage vidéo qui est pour lui une forme d’écriture avec 

l’image. Aussi, le montage est une des étapes importantes dans le
processus de création d’un film. Pour mieux se spécialiser et comprendre
ce domaine, à la fin de sa première année du cycle moyen à l’IFTIC, il a
effectué un stage en tant qu’Assistant monteur dans une des premières
télévisions privées de Niamey où il a pendant un mois monté des
reportages et des spots publicitaires. L’objectif était d’être en
contact avec un programme de montage vidéo.
A la fin de sa deuxième
année à l’IFTIC, Bakabé a effectué un stage de deux mois dans
l’entreprise de son père lui aussi était cinéaste. C’est là, qu’il a
monté son premier documentaire institutionnel. Très passionné par le
montage, il faisait beaucoup d’images et de montages. Avant la fin de
son stage, il a réalisé quatorze (14) documentaires institutionnels pour
la coopération belge. Avec son père, cinéaste, réalisateur de films
courts et long métrages, il a appris la caméra ; et faisait des
exercices de photo en composant des cadres bien précis et ensemble ils
analysaient les types de cadre.
En troisième année du cycle moyen à
l’IFTIC, il a fait un stage court d’une semaine organisé par
l’association Contre champ avec l’ambassade de France au Niger sur la
nouvelle dotation des nouveaux matériels de production de l’IFTIC. Il
s’agissait, là aussi, de faire des reportages et de les monter pour les
distribuer aux différentes télévisions publiques et privées de Niamey. «
Pour ce faire, nous avons été dirigés par le journaliste Français
Jaques Ségui et la monteuse française Catherine Minier. Ce stage était
une grande expérience pour moi, j’ai travaillé sous la direction des
gens d’autres horizons. Au début, je me sentais sous pression, je
n’étais pas habitué à ce rythme de travail. Au finish, on m’a appris à
faire mon travail de montage plus rapidement et de la manière la plus
ordonnée », a déclaré le cinéaste.
A la fin de son cycle du niveau
moyen, il a soutenu un mémoire sur les techniques de montage,
l’utilisation des effets de transition et les différents raccords de
plan. Après ce cycle, il a monté son tout premier film de fiction
(Honorable député) réalisé par son oncle Maman Siradji Bakabé. Son
expérience dans le domaine du montage vidéo s’est davantage approfondi
lors de son passage à Ouagadougou à l’institut Imagine, sous la
direction du chef monteur Motandi Woba. A l’institut Imagine, pour la
première fois, il avait plus d’une centaine de rush de films, a
derusher » sous ses yeux.
Ce passage, selon notre interlocuteur, lui a
permis de développer surtout le sens de la patience en montage, à avoir
un recul sur ce qu’on fait, à numériser soigneusement, à bien ordonner
les rushs, visionner encore et encore des heures de film, choisir les
plans selon leur sens et non pas selon leurs beautés. Ce stage a duré
trois (3) bons mois, des mois pendant lesquels il a su tisser des
relations avec des hommes du cinéma et surtout à apprendre plusieurs
méthodes de montage.
Avec ce stage, M. Bakabé devient plus aguerri et
plus ambitieux pour le septième art. «C’est alors qu’en 2009, je me
suis inscrit en cycle supérieur pour me spécialiser en réalisation et
production », a-t-il expliqué. L’aventure se poursuit.
Les premiers pas de Bakabé : pour un bon film, il faut un bon scenario
Avec
l’appui de son papa, il a réalisé un film documentaire sur la parenté à
plaisanterie qui l’a beaucoup fait voyager, jusqu’au Nigéria voisin. Ce
fut une grande expérience parce qu’il faisait à la fois la réalisation
et l’image. Par manque d’ingénieur de son expérimenté ; il lui fallait
quelques fois contrôler en même temps le son et l’image; c’était dur
pour lui. A la fin du tournage, il a tout de même trouvé le montage plus
facile grâce à l’expérience acquise. « Après un assemblage des
séquences, tout y est. Tout doucement, j’ai fini le film en l’absence
même de mon réalisateur. C’était mon premier projet en tant qu’assistant
réalisateur même si par ailleurs je n’ai pas assisté à l’écriture de ce
dernier », affirme-t-il.
M.Bakabé arrivait à jumeler travail et
études, en s’organisant pour travailler le soir et étudier le matin.
Après ce film, il s’est lancé ensuite dans la mise en scène de
spectacles, ce qui lui a valu, à l’occasion de la fête de la République
de 2008, d’avoir la lourde tâche d’organiser un spectacle dans la région
de Tillabéry située à 110 Km de Niamey la capitale. Ce spectacle
intitulé Tilwa Béri était une fresque historique qui raconte la vie des
premiers habitants de la région, l’origine des différents grands noms
des familles qui ont été influentes dans la zone. C’était un spectacle
son et lumière dans lequel il y avait du théâtre, de la danse
traditionnelle, de la poésie et de la musique. «C’était encore plus
grand que ce que j’avais l’habitude de faire. Comédien, danseur, poète,
musicien technicien nous étions une équipe de plus de 300 personnes.
C’était un spectacle d’ 1h30mn. Avant toute répétition j’avais monté la
bande son du spectacle du début jusqu’à la fin. Cette bande a servi aux
acteurs de plus facilement répéter et de maitriser leur rôle jusqu’à la
fin » a-t-il expliqué. L’année suivante, toujours à l’occasion de la
fête de la République du 18 décembre précisément en 2010, il a assisté
encore une fois à la mise en scène intitulé »Komadougou Laléwo » dans
la région de Diffa située à 1300Km de Niamey et a procédé de la même
manière qu’il a eu à faire à Tillabéry.
Evoluant toujours aux côtés
de son père, Bakabé a réalisé et monté les images de la série télévisée
»Gari ya yi zafi » ou ça Chauffe au village ». L’avantage pour lui
cette fois ci c’est qu’il a assisté à l’écriture du film avec les
acteurs. « Du fait qu’on était plus du côté de l’écriture, nous n’avions
pas eu à participer au casting du film. Le tournage a été un peu
difficile, il s’agissait pour nous de mettre en œuvre les techniques
cinématographiques que nous avons eus à voir dans les films des autres
pays (Burkina Faso, Côte d’Ivoire et même la France). Vu notre état
d’esprit de jeune face à des anciens qui ont duré dans le cinéma et qui
avaient plus d’expérience que nous il nous était presque impossible de
prendre des décisions sur le projet. Malgré tout, nous avions pu imposer
certaines de nos idées. Ce plateau de tournage m’a permis de comprendre
à quel point le cinéma évolue en fonction des âges » nous confie t-il.
Il pense qu’entre le cinéma d’avant et celui de maintenant il y’a une
nette différence du point de vu des techniques de travail, et surtout
sur le matériel.
Des cours intensifs, des stages de perfectionnement et des films diffusés partout
Entre
2009 et 2010, notre réalisateur a participé à plusieurs ateliers de
formation sur l’écriture documentaire. Il s’agissait pour lui de
comprendre tout d’abord le documentaire, savoir comment créer un projet
de film documentaire. Ces sessions de formation lui ont permis de
comprendre que toute œuvre cinématographique (fiction ou documentaire)
doit se faire en fonction de la note intention. Une intention bien
définie d’un projet, selon lui, est un film à moitié réussi avant même
d’être écrit.
En 2012, il a participé à un séminaire organisé à
Niamey sur les industries extractives et en a profité pour faire des
images. M. Bakabé dit avoir visionné tous les rushes pour mieux
comprendre les interventions des anciens miniers de la SOMINA, une
société qui exploite de l’uranium dans le nord du Niger, précisément
dans le département d’Ingal. Ces interventions lui ont servi de base
pour constituer un projet de film sur ces anciens miniers qu’il a soumis
au »Projet Genovico », un projet suisse qui œuvre pour la paix et la
gestion non violente des conflits. Cette organisation a accepté de lui
donner un appui financier d’une valeur de 3000 euros pour réaliser le
film. Avec une jeune équipe, ils ont passé deux (2) mois dans le nord à
travailler sur le projet, non sans difficultés sur le terrain.
Heureusement, ce film a passé au Forum Africain du Film Documentaire, au
Festival du Cinéma de Burundi, à Uranium Film Festival au Québec et a
été diffusé par CFI Afrique (26 chaines de télévision de l’Afrique
francophone et 4 chaines de télévision de l’Afrique Lusophone).
Bakabé
a réalisé aussi »Argent-Argile », un film qui fait le portrait d’une
potière suisse qui a vécu 30 ans au Niger dans le village de Boubon (un
village de potiers) et qui a su apporter une touche contemporaine à la
poterie classique que les habitants du village faisaient ; »Alphadi, le
ciseau d’or du désert », en 2013, »Toungouma ou » Divination à
travers la pierre et la terre, un film d’école qu’il a présenté à sa
soutenance de Licence professionnelle en réalisation et production.

A. Aïssa Abdoulaye (2017), Le Sahel (onep)

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