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Portraits Réalisateurs

Mahamane Bakabe

Mahamane BAKABE né en
1947 à Gazaoua, a été l’un des pionniers de la télévision nationale où il a
développé une abondante œuvre dans les années 1980. Aujourd’hui, il s’est
installé à son compte comme producteur indépendant à la tête de l’agence Intermédia
; parallèlement, il est formateur à l’IFTIC.

Vous êtes instituteur de
formation. Comment êtes- vous passé de l’enseignement à la réalisation ? 
C’était le fruit d’un hasard. Vers les années 1966, la Télévision Scolaire
avait une cinquantaine de classes expérimentales autour de Niamey. Les classes
étaient dirigées par des moniteurs d’enseignement. Et tout le programme de la
télévision était produit par le centre de production de la télévision scolaire.
C’étaient des programmes tout à fait normaux qui étaient présentés à travers
des émissions télévisées. Nous étions quatre présentateurs- animateurs. Nous
étions une sorte de modèle pour les classes expérimentales. Nous ne
connaissions pas les cinquante classes ni les élèves. Mais eux nous
connaissaient très bien. C’est ainsi que m’était arrivé le goût du cinéma.
Jusqu’en 1972, je ne
faisais pas de la réalisation. J’étais producteur, c’est-à-dire, responsable du
message pédagogique qui était dispensé dans les classes. A l’époque, les
réalisateurs étaient des assistants techniques de la Coopération française. En
1972, l’ORTF a organisé un concours pour former des réalisateurs africains.
J’ai eu la chance d’être sélectionné. Je me retrouve à l’ORTF pour deux années
de formation en montage. À l’époque, on travaillait sur du matériel analogique.
C’était encore la réalisation de films 16 millimètres. À mon retour au Niger,
on m’a confié une petite cellule qu’on appelait « Centre de cinéma » à la
télévision. Je filmais et montais à la fois.

Vous souvenez-vous de vos
premiers films ?
En fait, c’est un peu
difficile à dire. Tout s’est passé un peu par hasard. J’étais
producteur-réalisateur à la télévision publique. Donc, je faisais mon travail
de réalisateur en tant que fonctionnaire de l’État. C’étaient des programmes
destinés à un public cible. Je n’avais pas commencé à faire mes propres films.

A quel moment
interviennent les films qui ont fait votre renommée ?
Les films qui ont fait ma
renommée, les séries dramatiques par exemple, étaient des films imposés par le
cahier des charges de la télévision nationale. Jusque dans les années 1980,
sous le régime de Seyni Kountché, le programme de la télévision avait des
exigences : par exemple, soixante-dix pour cent du programme devait être
national. Les réalisateurs étaient tenus de travailler. Et c’était contrôlé par
le Conseil d’administration. Un réalisateur pouvait comptabiliser jusqu’à cent
cinquante émissions dans l’année. C’étaient des productions de l’État. Je ne
connais plus le nombre de films que j’ai réalisés dans ces conditions : des
documentaires comme des fictions. Et le plus souvent, c’étaient des
documentaires. Il n’y a que Si Les cavaliers… ou Marthaba qui étaient des
fictions. Pour ceux-là, c’est autre chose. Toutes ces dramatiques que nous
avions tournées, depuis l’époque expérimentale jusque dans les années 1980, ont
eu un engouement chez les Nigériens. C’étaient leurs vies que nous racontions
dans ces films.

Ces dramatiques ont eu
une grande résonance auprès du public.
En effet. Nous étions les
pionniers de la télévision nationale, il fallait réaliser beaucoup d’émissions
et aussi être inventifs. Nous avions décidé de produire une dramatique tous les
dimanches, comme cela se faisait à la radio. Le président Kountché ne voulait
pas de rediffusion. Il était notre premier téléspectateur. Il avait investi
plus de trente-cinq milliards pour développer la télévision sur tout le
territoire nigérien. Nous étions tenus de faire des émissions qui intéressent
les Nigériens. D’où ces dramatiques. Nous avions des acteurs confirmés qui
étaient déjà connus et aimés par le public. La troupe théâtrale de Zinder et
celle de Niamey faisaient déjà des dramatiques depuis les années soixante. Nous
les avions reconvertis en acteurs de télévision.

Parmi toutes les pièces,
quelle est celle qui a laissé le plus de trace en vous ?
Je n’ai aucune
préférence. Mais je constate qu’il y a Kara da kiashi et Chef Koutoukoulli qui
ont été très appréciées et qui continuent d’être diffusées. D’autres ne sont
plus diffusées parce qu’elles sont sur des supports qu’on ne trouve plus, et la
télévision n’a pas pris le temps de les transférer sur les supports actuels. Il
y en a aussi qui ont été mal conservées. C’est dommage !

Parlons de la production
de Marthaba et de Si les cavaliers… ?
Si les cavaliers… était
une production de la Télévision nationale. Le Professeur André Salifou,
l’auteur de la pièce, avait donné l’accord pour l’adaptation en film. La
télévision scolaire l’avait financé à cent pour cent. Je n’en étais que le
réalisateur. Quant à Marthaba, c’est une fiction que j’ai réalisée pendant que
j’étais étudiant à Paris. C’était dans le cadre d’une résidence de formation en
écriture et en réalisation, organisée par la Coopération française et la télévision
nationale. J’y avais été associé et j’ai proposé de réaliser une fiction à
Niamey, avec justement les jeunes qui allaient être formés. Je faisais partie
de l’équipe française.

De quoi parle Marthaba ?
Marthaba, c’est
l’histoire d’un jeune vantard venu à la découverte de la ville. Il se fait
embobiner par sa patronne, avant de finir dans un gang. J’ai traité ce sujet
parce qu’à l’époque, dans les années 1980, il y avait un message qui prônait
‘’le retour au village » pour travailler la terre.

 Quel a été le parcours de ce film ?
Je sais qu’il a reçu le
prix Input de télévision à Philadelphie aux USA. Nous l’avons présenté en
version anglaise. Il a été plusieurs fois diffusé à Niamey et en Afrique
francophone dans le réseau de l’Union des Radiodiffusions et Télévisions Nationales
d’Afrique (URTNA).

Avez-vous une copie de ce
film chez vous ?
Non ! C’est un film de la
télévision. Moi, je ne possède que les copies de mes propres films.
On dit que le réalisateur
est le propriétaire de son film…
Mais quand j’ai commencé
en 1969, je n’étais qu’un serviteur de l’Etat. Je ne pouvais pas m’approprier
un film ; même si je l’ai réalisé. Nous ne signions même pas nos productions.
On mentionnait simplement « Réalisation : télévision scolaire du Niger » ou «
Réalisation : ORTN ». Maintenant, vous les jeunes, vous luttez pour la défense
de vos droits d’auteur. Je suis tout à fait d’accord avec vous. Il faut des
règles, des statuts pour permettre aux réalisateurs d’être indépendants.

Si les cavaliers… est un
film historique… Pourquoi un genre historique ?
C’était la révolte
d’Amadou Dan Bassa en 1906 à Zinder, telle que l’a rapportée le professeur
André Salifou, un historien. La télévision nationale venait de démarrer. Nous
voulions montrer des films à caractère historique. C’était une sorte de déclic
pour la découverte de l’histoire. Ce pays a plus de deux mille ans d’histoire.
Les responsables trouvaient ces productions gloutonnes. Il n’y en a plus eu.
C’est vraiment dommage !

Peut-on parler de
l’esthétique de vos films ?
Esthétique ? Vous savez, à partir du moment où vous
avez reçu la formation pour faire une chose… J’ai appris les rudiments de la
réalisation. Et puis, j’ai découvert ce talent qui est en moi. C’est tout. Je
fais un film bien propre ; celui d’un professionnel qui a bien appris comment
faire un film. Rien d’extraordinaire. Si c’est ça que vous appelez « esthétique
» …

Est-ce que vous êtes
influencé par un réalisateur particulier ? 
Une influence qui ressort dans vos
films aujourd’hui…
Je n’ai pas été influencé
par d’autres réalisateurs. Je ne sais pas si c’est un défaut, mais Je me suis
toujours fié à moi-même, quitte à me tromper. Contrairement aux autres
réalisateurs, je n’ai pas d’assistant technique européen. Je raconte des
histoires nigériennes. Par exemple, Jean Rouch, je le respectais. C’était même
un père pour moi, puisque Damouré Zika, son grand ami, avait épousé ma tante.
Je le respectais. J’aime beaucoup ses films, mais Jean Rouch ne m’a pas
influencé. Je ne suis jamais allé lui demander conseil sur mes projets de
réalisation. Idem pour Damouré Zika.

Je reviens sur la
question. A quoi est-ce qu’on peut voir qu’un film est de Mahamane Bakabé ?
Si le film est signé par
moi. C’est aussi simple que cela.
Je parle plutôt de la
façon de filmer.
Les critiques de cinéma
peuvent, en regardant mes œuvres, découvrir ma façon de faire, de cadrer, de
faire mon montage. Je pense que j’ai une façon intrinsèque.

Vous avez finalement créé
votre maison de production…
En 1999. N’étant plus au
service de l’État, j’ai créé l’Agence Inter média. C’est une agence de conseils
en communication qui dispose de ses propres studios, d’une régie multimédia, du
matériel audiovisuel de tournage, des caméras professionnelles, des tables de
montage. Nous disposons aussi des salles de cours. Depuis cette année, nous
avons étendu notre champ d’activités à la formation. Nous formons de jeunes
réalisateurs, notamment les étudiants qui ont fini leur formation en
audiovisuel dans des écoles comme l’IFTIC (Institut de Formation aux Techniques
de l’Information et de la Communication), mais aussi de l’Institut Supérieure
de Santé Publique pour leur besoin en communication.

Depuis que vous n’êtes
plus fonctionnaire, quelles sont vos productions ?
Aujourd’hui, c’est un peu
plus difficile. Malheureusement, la profession n’est pas organisée. Là, pas du
tout ! S’il y a une profession qui n’est pas organisée au Niger, c’est le
cinéma. Ce manque d’organisation fait qu’un bon réalisateur peut faire dix ans
sans aucun contrat de prestation de service ; alors que celui qui sait à peine
tenir une caméra use de ses relations pour en décrocher. C’est absolument
décourageant ! C’est dommage !

Où en êtes-vous dans
votre projet Gari Yahi Zahi, le film dont vous avez tourné le pilote ?
Pour le moment, on a fait
un premier pas. C’est sûr qu’on ne va pas s’arrêter là. Nous allons continuer.
Nous nous battons pour trouver du financement extérieur. Il y a eu un premier
effort de l’ambassadeur Inoussa Ousseini. Il faudra que d’autres efforts le rejoignent.
Je n’exclus pas la possibilité de coproduire la série avec d’autres structures
de production. C’est un film nigérien, après tout. S’il réussit, ce sont des
dizaines de films qui vont réussir et nous aurions trouvé ensemble la clé de
cette réussite.

Est-ce que vous avez
produit des films qui ne sont pas de vous ? Sinon, envisagez-vous cela ?
Produire d’autres
réalisateurs ? C’est ce que je suis en train de vouloir faire. Et les
réalisateurs qui sont intéressés et qui ont des projets intéressants, peu- vent
s’associer à moi pour partager les risques.

Avez-vous connu Oumarou
Ganda ?
Je l’ai bien connu.
C’était un ami, un frère. On a beaucoup travaillé ensemble. Du temps où
l’association des cinéastes était en vogue, nous y avions assuré des responsabilités.
Nous avions essayé de voir comment les films des réalisateurs indépendants pourraient
être aidés par la télévision nationale. Ses films sont d’une grande
sensibilité. On reconnaît vite le réalisateur nigérien dedans. Pour un
autodidacte, il faisait des films très intéressants.

Quelles perspectives
voyez-vous pour le cinéma nigérien ?
Vous savez, même les
pionniers peuvent donner des coups d’épée dans l’eau. C’est ça le problème. On
ne pouvait pas réussir de cette façon. Il nous fallait faire bloc commun pour
ne pas donner des coups d’épée dans l’eau. Avant, notre garantie était notre
statut de fonctionnaire. Qui était cinéaste indépendant ? Djingarey Maïga,
Moustapha Alassane, Oumarou Ganda ; c’est tout. Tous les autres étaient des
fonctionnaires. Ce n’est pas la même chose aujourd’hui. Nous sommes maintenant
une centaine et l’union fait la force. Aujourd’hui, on peut se faire entendre.
Il faut qu’on se regroupe pour pouvoir faire marcher ce métier. Il faut que
nous puissions ensemble faire notre propre mea-culpa, savoir qui est
professionnel et qui ne l’est pas. Il nous faut aussi faire l’effort, nous réalisateurs-producteurs,
de nous associer pour développer nos projets avec le soutien des partenaires.
Après, comme pour toute entreprise, le secret du succès, c’est l’amour du
travail bien fait. Travailler et garder l’humilité. A partir du moment où les
cinéastes nigériens gardent ces conseils à l’esprit, l’avenir du cinéma
nigérien sera radieux.
Il a reçu la Croix de Chevalier de l’Ordre du Mérite Nigérien. Son film « Martaba »
(1984), un moyen métrage fiction de 52mn a obtenu le prix International Public
Télvision » (INPUT) en 1987 à Philadelphie aux USA.
« Le Soleil et
nous » (1986), film documentaire de 26mn sélectionné au prix
« Futura » en 1987 à Berlin (RFA), obtient la mention spéciale du jury,
décernée par le Centre National de Recherche Scientifique (CNRS).
Mahamane Bakabé a occupé
plusieurs fonctions dont celle de :
Chef de production à la
Télévision Nationale de 1979 à 1982
Chef des programmes à la
Télévision Nationale en 1983
Directeur de Stations
Régionales (ORTN) en 1987
Chef du Service des
programmes et Réglementation au MCCJ/S en 1991
Chef du Service Formation
au MCCJ/S en 1992
Directeur de la
Communication de 1993 à 1996 Coordonnateur de la Cellule de Communication à l’UNICEF
de 1997 à 1999
Il a occupé aussi le
poste de Secrétaire Générale de l’Association des radios Club du Niger, consultant
à l’UNICEF/Niger, au FNUAP/Niger, chargé de cours à l’Institut Régional de Muséologie
à l’Université de Niamey…

FILMOGRAPHIE
1975 : L’Homme et l’outil
1975 : L’Habitat au Niger
1978 : Sarando
1981 : L’Avenir d’Ali et des autres
1982 : Si les cavaliers
1984 : Martaba
1986 : Le Soleil et nous
Maman Siradji Bakabé,
Sani Elhadj Magori, Idi Nouhou (2011). Figures du Cinéma Nigérien. Interview
Mahamane BAKABE
Africiné (2009). Fiche Mahamane Bakabé.
Auteur Réalisateur Administrateur
Wikipedia. Mahamane
Bakabe

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