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Portraits Producteurs Réalisateurs

Saguirou Malam

Né le 15 avril 1979 à
Zinder, Mahaman Malam Mahaman Saguirou est un des réalisateurs-producteurs les
plus dynamiques de la nouvelle génération.
Comment
vous êtes venu au cinéma ?
Pour moi, le cinéma est,
non pas un accident du parcours, mais plutôt une chance du parcours. Après le
Bac à Zinder, je suis venu à Niamey pour commencer des études de droit. C’était
en 1999. Il faut dire que c’était difficile d’accéder à l’université. Et à
peine un mois après la rentrée, un gendarme a été tué. L’université a été
fermée et nous sommes restés cinq à six mois à ne rien faire.
J’avais un temps fou dont
je ne savais quoi faire. J’ai commencé à écrire. Comme ça. Tout ce qui me
passait par la tête. Et j’avais l’impression que ce que j’écrivais ressemble
plus à de l’image qu’à une écriture qui raconte. Je me suis dit : Tiens ! Tu
deviens cinéaste ! C’est arrivé comme cela, spontanément. Et je me suis rendu
au CCFN, j’ai cherché des documents qui parlent de cinéma. A l’époque,
l’internet n’était pas aussi développé. Et j’ai trouvé un livre dans lequel on
décrivait comment on écrit un scénario. J’ai discuté avec des gens au CCFN,
dont Aliou Ousseni, le directeur technique. J’ai décidé de voir des cinéastes.
Il n’y en avait pas beaucoup qui faisaient des films. J’ai rencontré Djingarey
Maïga. Je lui ai donné à lire mon texte intitulé : Si la paix pouvait être
prioritaire. Il me répond que je pouvais être littéraire tout comme cinéaste,
et il ajoute que le cinéma est difficile. Puis je suis allé voir Souleymane
Mahamane à l’ORTN. Il était directeur technique à l’époque et était en stand-by
pour ce qui est des tournages de films. Mais il m’a donné de précieux conseils,
me disant que c’est possible de faire du cinéma.
Et puis, un jour, en
traversant un marché, j’entends un communiqué de l’Association française
Contre-champ qui invitait les jeunes désireux de faire du cinéma à déposer leur
candidature pour une formation en cinéma documentaire. Je rencontre Donaïc
Leduc qui était le point focal de l’association. Je lui explique que moi, j’ai
un projet de fiction entre les mains et je laisse le numéro de téléphone d’un
cousin. Le cellulaire n’était pas encore aussi répandu. Plus tard, on m’appelle
pour me demander si je voulais suivre le stage en observateur. J’ai répondu :
Oui. J’avais à peine vingt ans. Les autres stagiaires avaient dans la
quarantaine. Tous des cinéastes déjà confirmés : Souleymane Mahamane lui-même,
docteur Sériba Mahaman, etc. Quand les formateurs avaient défini le
documentaire, je me suis senti proche de cela. Et le lendemain, je suis
retourné au stage avec un sujet. J’ai écrit qu’à Zinder, il y a des gens qu’on
appelle les chasseurs, qui sont des guerriers du sultan mais qui n’avaient
jamais fait la guerre. Les formateurs ont montré un intérêt certain pour mon
histoire, et m’ont encouragé. J’écrivais avec passion et la façon dont je
racontais l’histoire avait plu à Jean-Louis Saporito qui était le président de
l’Association Contre-champ.
Le stage terminé, les
formateurs partis, je me suis dit que je ne veux faire que du cinéma. À la
faculté, les cours ont repris. Dans mon entourage, tout le monde voulait que je
fasse mes études de droit. Les gens ne comprenaient pas. On me coupe net les
vivres. Entre-temps, j’avais rencontré Moussa Tchangari, le secrétaire général
d’Alternative Espaces citoyens. Il était un peu le papa des étudiants. Il
m’avait beaucoup encouragé. Et c’est par lui que je saisis l’occasion d’une seconde
formation, avec cette fois-ci, des formateurs canadiens.
Vous
avez abandonné l’université pour apprendre le cinéma ?
Oui. Mais le cinéma
commençait très mal avec l’embargo économique familial. Cette situation m’a
poussé à réfléchir. Il me fallait une économie qui me permettrait de donner
corps à ma passion du cinéma. Je résidais au quartier Poudrière. Chaque matin,
je voyais les domestiques aller acheter du pain. Et je me suis dit :
« Tiens ! Je peux gagner quelques francs dans la vente du pain ! ». Et j’ai
décidé de mettre en place un système de distribution de pain à domicile. Je
comptais gagner sur chaque pain dix francs de bénéfice et quinze francs de
remise de la boulangerie. Il me fallait trouver une boulangerie dont le pain
rassure. Il n’y avait qu’une seule à l’époque : Les Délices ! J’ai pris contact
avec le directeur. Il a eu quelques hésitations. Je n’avais pas d’argent mais
je lui ai prouvé par une étude de marché que l’affaire pouvait marcher. Nous
avions ficelé l’affaire. Ensuite, j’ai dû faire un stage de deux mois pour la
conservation du pain. Je me rendais à la boulangerie à pieds depuis la
Poudrière jusqu’au quartier Plateau.
Et
le cinéma, dans cette affaire ?
Parallèlement, le cinéma
continuait. On avait un groupe qui échafaudait de nombreux films tous les
soirs. Moi, j’étais toujours dans mon affaire de pain. Mon partenaire était
devenu confiant. Il avait consenti la construction d’un premier kiosque à pain
dans le quartier.
Un soir que je suis
rentré, Roto, un ami et amuseur du quartier, était fâché contre moi. Donaïc
Leduc et Touré étaient venus me chercher. Roto a cherché partout dans le
quartier sans me trouver. J’avais peut- être foutu en l’air la chance de
« notre » vie ! Les deux personnes qui me cherchaient lui avaient demandé
si j’avais un passeport. Qui dit passeport, dit voyage en avion. En plus, on
lui a appris que c’est pour le cinéma. Dans sa tête, c’était non pas même ma
réussite, mais la réussite de tout notre groupe. Roto était vraiment fâché
contre moi. Finalement, je me suis rendu à l’IFTIC où m’attendait Donaïc Leduc.
Elle m’apprend que Jean-Marie Barbe venait de monter ses formations Africadoc.
Et Jean-Louis Saporito m’avait recommandé. Me voilà à Dakar pour dix-huit jours
de formation en écriture. Deux jours après mon départ, le patron de la
boulangerie ouvrait le kiosque sans moi.
Qu’est-ce
que cette formation t’a apporté ?
A Dakar, j’ai découvert
le vrai monde du cinéma. J’ai découvert les gens tels qu’ils sont et non tels
qu’ils voulaient paraître. Ils ne sont pas plus riches que les autres. Au cours
du stage, j’ai continué à développer mon projet sur les chasseurs de Zinder.
Eliane Delatour, la formatrice, a connu le Niger. Elle avait écrit un livre
intitulé : « Contes et comptes de la cour » dans la région de Maradi. Elle
parle un peu Haoussa. A force de retravailler le projet avec elle, j’étais en
avance par rapport aux autres.
Mais je suis rentré sans
le sou. Dans les formations Africadoc, les stagiaires ne sont pas payés. Je
n’ai donc pas ramené de cadeaux aux parents et amis. Une chose impardonnable
dans notre société. Pour calmer les gens, j’ai trouvé l’astuce d’annoncer un
prochain voyage.
Du
coup, vous êtes retourné au pain ?
Difficilement. A mon
retour, je découvre que mon partenaire s’est accaparé du fruit de nos efforts.
On a fini par trouver un arrangement : il m’a laissé les brouettes qu’on a
conçues pour livrer le pain dans le quartier. Et comme mes amis avaient un peu
honte, j’ai donné l’exemple. J’ai été vendre dans la demeure où vivait la jeune
fille qui hantait mes rêves. Quand je suis ressorti de là, je me suis senti un
homme libre. Ce jour-là, j’ai encaissé une recette de vingt et cinq mille
francs dans lequel se trouvaient mes deux ou trois mille francs de bénéfice.
Cette aventure du pain a vraiment été déterminante pour que je puisse continuer
à faire du cinéma. C’est une activité qui se déroule entre cinq heures et cinq
heures et demi du matin. Tout le reste de la journée, je le consacrais à écrire
mes scénarios, à penser au cinéma. J’avais l’assurance de disposer de mille
francs pour assurer mes besoins. Et puis, après mon voyage à Dakar, dans ma
famille, on commençait à admettre que le cinéma était peut-être ma voie. Et on
a recommencé à me soutenir. C’était une véritable sensation de liberté.
Nous étions pris au
sérieux dans le quartier ; nous n’étions plus des oisifs voyous. On était les
livreurs de pain. Il y a eu des moments où nos clients avaient des difficultés
pour nous payer. On comprenait et on attendait jusqu’à la fin du mois. Des
rapports de confiance s’instauraient avec des chefs de famille. Tout cela,
c’est les complexités des rapports humains. Ça traduit comment l’on doit vivre
avec les gens, partager des choses, des complicités avec eux. Et tout ça est
important en documentaire. L’aventure a duré trois ans, et ça s’est terminé. Un
jour, j’étais en France pour écrire mon deuxième projet : « La Robe du
temps ». Au retour, les amis qui s’occupaient de la vente du pain avaient
eu des problèmes, l’argent avait disparu…

Parlons d’abord de la production
du premier film.
J’avais rencontré Inoussa Ousseini. Il avait une société dont
le bureau était à l’hôtel Gaweye. Je suis allé lui parler du projet. Mais c’est
Alternative qui a finalement produit Les chasseurs du vent. Ils ont mis les
moyens techniques, financiers et humains à ma disposition. Et on a tourné à
Zinder. Ça a été un tournage fou, extraordinaire parce que le personnage, qui
était mon fil conducteur, avait été destitué entre-temps. Me voici en train de
faire un film sur un chef de chasseurs destitué, mais qui a toujours de
l’influence. Ça a été finalement un film politique dans un monde traditionnel.
C’était un tournage à deux caméras. Un tournage d’apprentissage pour moi aussi,
parce que je ne connaissais rien de la caméra à cette époque-là. Depuis, de
l’eau a coulé sous le pont.

en êtes-vous actuellement ?
Outre la réalisation, je
m’adonne à la production également. J’ai créé une société dénommée
« Dangrama Productions ». En ce moment même, je suis en train de
produire le dernier film de Djingarey Maïga : « Au plus loin dans le
noir »…
Le film « Le prix d’un plat » (2005) de Saguirou
Malam a été sélectionné au Berlinale Talent Campus 2006, du festival de Berlin
(Allemagne).
C’est en 2006, que le
jeune cinéaste nigérien s’est fait connaître lors de la première édition du
Forum africain du film documentaire (décembre 2006, Niamey) avec le film
« Un africain à Annecy » – regard candide d’un jeune Africain
découvrant la société occidentale au cours de son premier voyage en France. 
« Un africain à Annecy » reçoit le prix Jean Rouch. Le
film est sélectionné au
festival de
Lusas (France).
Son second film, « La chèvre qui broute, je mange,
tu manges » (2007), traite du sujet délicat de la corruption au Niger.

Le film « La robe du
temps » (2008), dont il est réalisateur et directeur de photographie, suit
le parcours semé d’embûches d’Ousseini, chef traditionnel de la corporation des
bouchers de Zinder. Ce film obtient la mention spéciale du Festival Miroirs et
Cinémas d’Afrique – Marseille (France) 2009. Il est sélectionné dans de
nombreux festivals : Festival de documentaire de Libreville – Libreville
(Gabon) 2008, Les Lumières d’Afrique – Besançon (France), les Journées
cinématographiques de Carthage, les États généraux du film documentaire –
Lussas (France) – Sélection Afrique…
Il a été scénariste-réalisateur
de la société Les Films du Kutus d’Inoussa OUSSEINI, de 2005 à janvier 2007.
Saguirou Malam a fondé et dirigé la société de production Dangarama depuis mars 2007.
Il a également produit les
films « Pour le meilleur et pour l’oignon » (2008) de Sani Magori,
dont il est aussi le directeur de la photographie ; « Changer de peau »
(2010) de Salamatou Adamou Gado ; « Gatan yara » (2010) de Malah
Abdou et Anna Condet…

« Ah ! Les indigents »
(2011), rend compte rendre compte du
processus communautaire qui remet la solidarité au cœur d’un système de santé
qui a trop souvent renoncé à trouver une solution à l’exclusion des soins.

En 2012, il réalise le film « La Gratuité des soins au Niger » présenté
en avant-première au Forum africain du film documentaire de Niamey.

En 2013, il est membre du Jury documentaire du Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision FESPACO.
En 2017, Saguirou Malam
réalise « Solaire Made in Africa », un film qui met en lumière
l’œuvre du Nigérien Abdou MOUMOUNI DIOFFO, 1er agrégé d’Afrique Noire en
physique en 1956, Professeur des universités et inventeur d’un moteur solaire. 
Le film est sélectionné
dans plusieurs festivals internationaux : Cinémas d’Afrique Anger France, Trophées Francophones du Cinéma 2018, Toukountchi Festival de Cinéma du Niger 2017, Compétition
officielle au FESPACO 2019 ; et remporte le
Prix du meilleur documentaire sur le développement durable
au Festival international Vues d’Afrique du Canada 2019.
FORMATION
AUDIOVISUELLE :
2006 : Doc clinic talent campus, Berlin
2005: Cinédoc, Annecy
2005: Etape Moppan si
Nigeria, Niger
2004 : Africadoc, Dakar
2002 : Stage IFTIC Contrechamps, Niger


FILMOGRAPHIE
(REALISATEUR) :
Un
africain à Annecy
, 52′, 2006
Le
prix d’un plat
, 5′, 2005
Le
chasseur du vent
, 52′, 2005
La
robe du temps
(2008)
La
chèvre qui broute
(2007)
Ah
! Les indigents
 (2011)
La
gratuité des soins
(2012)
Fabriqué en Afrique Solaire, 67», (2017)
FILMOGRAPHIE
(PRODUCTEUR)
« Pour le meilleur et pour l’oignon »
(2008) de Sani Elh Magori
« Gatan yara » (2010) d’Abdou
Malah et Anna Condet
« Au plus loin dans le noir » (2014)
de Djingarey Maiga
« Les Africains » de Sani Elh Magori
« Diori Hamani » d’Omar Kadri Koda
«Fabriqué en Afrique Solaire » (2017)

Maman Siradji Bakabe, Sani Elhadj Magori, Idi Nouhou (2011). Figures du Cinéma Nigérien. Interview Saguirou MALAM
Africiné. Fiche Saguirou Malam. Réalisateur Producteur Directeur de la photo
Youssoufa Halidou Harouna (2017). Africiné. Solaire Made in Africa, de Malam Saguirou

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