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Moustapha Alhassane

Moustapha Alhassane

Né en 1942 à Djougou (Bénin), Moustapha Alassane est l’auteur du dessin des armoiries de la République du Ni­ger, du premier film réalisé par un Nigérien avec Aouré, en 1962, du premier dessin animé créé par un Africain avec La mort de Gandji en 1965, et du premier long métrage de fiction d’Afrique Noire, avec FVVA en 1972. Avec à son actif une trentaine de films, Moustapha Alassane est tout sim­plement la référence du cinéma d’animation en Afrique. Il continue de porter haut le flambeau du cinéma nigérien.
Comment êtes-vous arrivé au cinéma ?
Depuis mon enfance, j’aimais beaucoup le dessin. Après mes études, j’ai rejoint mon père à Ayorou puis à Niamey où j’ai exercé toutes sortes de métiers pro­ches de l’audiovisuel : dessinateur, animateur, jour­naliste à la radio. À l’indépendance, j’ai été recruté comme artiste-animateur au Musée national grâce au ministre Zodi Ikhia. On a presque monté le musée ensemble, Pablo Toucet et moi. J’ai réalisé là-bas les armoiries du Niger, les sceaux du Niger, le dessin du pavillon des costumes. J’animais aussi le ciné-club deux ou trois fois par semaine. Après, je me suis mis à faire du cinéma ambulant. On animait tous les coins du Niger, d’Ayorou jusqu’à Agadèz et Zinder. On mon­trait des films français, américains, hindous. Il n’y avait pas encore de films africains. J’ai commencé à m’in­téresser au cinéma.
J’ai commencé avec les ombres chinoises. J’ai aussi fait des formations à droite et à gauche. Avant, on faisait le dessin sur le papier classique et des cellulo­ses. Tout ça était trop compliqué. Aujourd’hui, je tra­vaille avec des logiciels, avec les outils qui sont à jour. Je n’ai pas la nostalgie des anciennes méthodes.

Quand est-ce que vous avez rencontré Jean Rouch ?
J’ai rencontré Jean Rouch en 1962. Mais lui, il vivait au Niger depuis 1945. Il était déjà cinéaste. Quand je vivais à Ayorou, il venait régulièrement pour filmer. C’est grâce à lui que nous avons monté le service de cinéma de l’IRSH.

Comment est née l’idée de FVVA ?
L’idée n’est pas née de moi, mais du système politi­que qui continue encore en Afrique. Quand quelqu’un arrive au pouvoir, il veut rester éternellement parce qu’il a femmes, villas, voitures et argent. C’estça quicrée ledésordre un peu partout… À l’époque, lesétu­diants dénonçaient ça dans leurs slogans.Et c’était clair pour les gens que le film parlait du système en place. Malheureusement, ça n’a pas servi à changer les comportements. Les mêmes choses continuent.

Après FVVA, vous avez réalisé Toula. Comment les gens de Téra ont accueilli le film ?
Toula, c’est une légende écrite par le défunt Boubou Hama qui s’est lui-même inspiré d’une légende de Téra. Quand j’ai voulu réaliser le film, je l’ai approché. Il m’a donné son accord. Nous avions beaucoup échangé, puisque c’est l’histoire de sa région. C’était un artiste. Il n’était pas compliqué. On est devenus de très bons amis. Toula est l’ancêtre des gens de Téra. Ils ont beaucoup apprécié le film. Ils ont eu du plaisir à reconnaître leur histoire à l’écran.

Et puis, vous avez réalisé Le Retour d’un Aventu­rier ! Pourquoi un genre américain dans un con­texte africain ?

Il faut avoir à l’esprit ce qui se passait à l’époque du film. Les jeunes s’identifiaient aux héros qu’ils allaient voir tous les soirs au cinéma ! La plupart de temps, c’était des films américains. J’ai voulu faire l’ethno­graphie de ce comportement. Ce n’est pas moi qui ai donné les noms des personnages du film ; mais les acteurs eux-mêmes. Et on avait réalisé ce film pour montrer comment étaient les gens à l’époque…
Aujourd’hui les gens ne jouent plus au cow-boy. C’est fini. Mais je me dis que ça valait la peine de faire ce film-là. D’abord, ça plaisait aux jeunes qui ont joué dedans. Et cela facilitait le travail. ça a fait du plaisir pour tous.

Vous avez travaillé avec des acteurs et actrices comme Zalika Souley, qui n’étaient pas des pro­fessionnels
Professionnels à cette époque-là ? Nous qui réalisions, étions-nous des professionnels ? Et même aujourd’hui, est-ce qu’il y a des professionnels du ci­néma au Niger ? Il n’y en a pas. Tout le monde tâ­tonne. Et l’on veut faire croire qu’en formant les gens, ils vont devenir des professionnels… Il ne faut pas rêver quand même ! Aujourd’hui, nous n’avons même plus de salle de cinéma.
Non, j’ai fait le film avec des jeunes qui aimaient beau­coup le cinéma. Et puis, heureusement qu’ils ils jouaient très bien. Je n’avais pas beaucoup de pelli­cule, donc on n’avait pas droit à l’erreur.

Parlez-nous de votre rencontre avec Sotigui Kouyaté !
Sotigui Kouyaté, c’est avec moi qu’il a commencé le cinéma ! C’est avec moi qu’il avait commencé. C’ était un gars très brave, très généreux et compréhensif. Avant sa mort, on a voulu lui rendre hommage à Tu­nis, il a demandé aux initiateurs de venir me voir ! C’était la même chose en Algérie. C’est avec moi qu’il a débuté. Il le disait aux gens. Lui, il était gentil et reconnaissant. Lui, il était correct. On a vu des gens qui ont commencé sous nos yeux, et qui racontent qu’ils ont tout fait seuls… J’étais à Parisà la mort de Sotigui Kouyaté…Il n’y a pas longtemps, on m’a in­vité à Ouagadougou pour lui rendre hommage et pré­senter mes condoléances à sa famille…

Vous avez connu Oumarou Ganda ?
Je faisais déjà du cinéma avant de le connaître. Quand Oumarou Ganda était revenu d’Abidjan pour réaliser Cabascabo, j’ai travaillé pour lui.

Est-ce qu’on peut dire que vous êtes le père du cinéma nigérien ?
Non ! Je ne suis pas le père du cinéma nigérien ! … Jaiété parmi les pionniers africains. Jairéalisé lepremier long métrage qui a passé de Dakar à Bangui. Et on l’a vu partout en Afrique.
Le père du cinéma nigérien, c’est Jean Rouch, un fran­çais qui avait beaucoup vécu au Niger. Il nous avait aidés. Il est mort dans un accident, sous mes yeux… Il avait depuis toujours voulu mourir et être enterré au Niger. Au moment de l’accident, nous étions ensem­ble, lui, Damouré Zika et moi. Javais eu une jambe cassée… Ce qui m’unechoqué, cest quon nous aoubliés lors de sesfunérailles On avait fait comme si nous, on n’existait pas. Ce n’est pas grave !

Vous vivez actuellement à Tahoua. Comment gé­rez-vous votre temps ?
J’attends les gens pour venir faire des interviews ! (Rires) Non, je suis très occupé. Je bricole le maté­riel. Je fais de l’agriculture aussi.

Vous avez un projet ?
Des projets. J’aimerais bien réaliser un long métrage d’animation. Mais je ne sais pas si je peux le faire. J’ai une santé fragile. Du jour au lendemain, on peut tom­ber…

Où trouviez-vous le financement ?
Avant, les gens nous aidaient. Il y avait la solidarité. On trouvait un peu de pellicule ; on collectait l’argent et réalisait nos films. Le Ministère français de la Coo­pération aussi nous aidait. Mais aujourd’hui, ils nous ont lâchés ! Les dirigeants africains nous ont aussi lâchés à cause de nos critiques. Aujourd’hui, nous, on est là ; on ne fait plus de film !
Au Niger, on a démarré avant beaucoup de pays. C’est un avantage. Mais les autorités n’ont pas suivi. Ils devraient. Un adage africain dit : « Quand un enfant lève les bras, c’est qu’il veut qu’on l’aide à se lever ! ». Mais ici, ce n’est pas comme ça. Ils préfèrent atten­dre que tu tombes pour faire un bon discours.
En dix ans de cinéma, je n’ai pas reçu quatre cent mille francs du Niger. C’est stupide ! Il faut le dire pour que les gens le sachent ! Le matériel que tu voies là, ça équivaut à celui qu’il y a au Centre national de la cinématographie. On me l’a envoyé gratuitement des USA ! Là-bas, ils savent ce que je fais ! Le Niger n’aide pas son cinéma. Mais, je n’ai jamais cessé de tra­vailler malgré le peu de moyens. J’aurais quand même aimé que tout ce qu’on fait soit encouragé.

Vous n’avez jamais reçu une reconnaissance na­tionale pour vos efforts ?
De la part du Niger ? Pour le moment pas grand-chose ! Les autres pays, oui ! Le Ghana, l’Italie, le Burkina, la France, l’Allemagne. De tous ces pays, jaireçu beaucoup dedécorationsAvec leGénéral Baré Mainassara, jaireçu unedécoration. Mais ça a été fait à la va-vite. Il n’a pris soin d’informer la chancelle­rie. Un jour, je suis allé pour retirer la médaille. Il n’y avait pas mon nom. C’est un peu ridicule !

Moustapha Alahassane décède le 17 Mars 2015 à Ouagadougou Burkina Faso.

FILMOGRAPHIE
2001: Les magiciens de l’Ader
    Kokoa
    Tajimba ou Agaissa
2000: Soolo
    Adieu Sim
1982 : Kankamba
     Agwane mon village
     Gourimou
1977 : Samba le grand
1975 : Zaboa
1974 : Soubane
1973 : Toula ou le génie de l’eau
     Siberi
1972 : Abimbola ou Shaki
1971 : Jamyya
1970 : Deela ou Albarka
1969 : FVVA (Femme Voiture Villa Argent)
     Les contrebandiers
1967 : Malbaza
1966 : Bon voyage Sim
1965 : Le retour d’un aventurier
1964 : L’arachide de Santchira
1963 : La mort du Gandji
1962 : La bague du roi Koda
    La pileuse de mil
    Le piroguier
    Aouré

Maman Siradji Bakabé, Sani Elhadj Magori, Idi Nouhou (2011). Figures du cinéma nigérien. Interview Moustapha Alhassane


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